Sao Paulo extravaganza

Satanic Samba : compilation des musiques issues du coeur de Sao Paulo

jeudi 20 novembre 2008 par programmation

Contrairement à Rio, Saõ Paulo ne rentre pas dans l’album photo typique de l’image que l’on se fait du Brésil. Pas de filles en string, pas de soleil, juste une mégalopole grisâtre de 18 millions d’habitants, sale, bruyante, pauvre et industrielle.
Sur la carte postale, cette ville n’a rien pour elle, mais en dépit de ce manque de paysages paradisiaques, ses artistes semblent musicalement très inspirés, entre drum’n bass, new wave, hip hop militant, baile funk...
En bref, des courants qui naissent bien profond sous terre. Il est donc l’heure de payer son loyer à Satan, et c’est chose faite avec les 16 titres de ce Satanic Samba, reflet éclectique de cette scène underground émergeante.
Depuis s’être chargé de faire connaître Hurtmold, unanimement considérés comme les Tortoise brésiliens, et en plus du récent album de bossa nova psychédélique de Os The Darma Lovers, Nacopajaz est en train de se spécialiser dans cette scène expérimentale injustement méconnue de ce côté de l’océan. Jusqu’ici, on dansait sur les compilations Favela Chic, qui donnaient un aperçu très festif d’une samba électronique et accessible. Nacopajaz va plus loin dans la fusion en proposant un répertoire pointu comme une seringue. En tête de file, on trouve bien entendu les trois premiers groupes du genre à avoir posé le pied sur une scène européenne : les cinglés braillards de Bonde Do Rolê, le hip-punk de CSS et les moins nerveux Sao Paulo Underground pour un morceau downtempo jazzy très riche et percussif.
On pourrait passer en revue chaque track et lui donner une description différente, mais résumons, y a du monde qui attend derrière : le hip-hop mutant et impossible à prendre au sérieux de Cidadao Instigado (groupe de l’un des meilleurs guitaristes brésiliens Fernando Catau), le carnaval expérimental de Loop B, l’excellent patchwork métal / bossa nova / jungle de Supla, le folk nuageux de Lulina qui nous coince dans sa bulle, le rock alternatif puissant de Vurla avec des arrangements capables de piquer la vedette à Franz Ferdinand, des Agentss un peu soûlants, vite oubliés par la magie d’Hurtmold, une reprise improbable de La Décadanse de Gainsbourg par Benzina, les Os Mutantes que l’on croirait échappés d’un 45 tours poussiéreux issu du bac d’un hippie, ou le projet electronica barré captivant de LCD (aka Anvil FX et le vétéran de la new wave Miguel Barella).
De quoi se faire une idée de la richesse musicale du lieu... Merci pour les échantillons, on attends les albums maintenant !