jeudi 17 janvier 2008 par programmateur : nicolas
Par Emmanuël sur www.obskure.com :
"Getalife, tout premier album de la Grecque d’origine Olga Kouklaki (connue au début des années 2000 pour le titre house "Don’t look at me", sorti sous le nom d’ODD, et pour une participation vocale sur le "Budapest" de Poni Hoax), est le creuset d’une pop synthétique au rendu brillant, délicat, dynamique aussi. Dans l’embrassade de l’héritage New Wave, "Getalife" opère un travail sur les textures. Il creuse, élague, sacrifie.
Incorporant en permanence à sa mixture lancinante les pigmentations scintillantes et les craquements du glitch, le son d’Olga donne dans la recherche atmosphérique. Son piment se joue sur la carte du beat. Plus mécanique que vraiment impulsif ("Her own Right"), la percussion se voit soutenue par un détail organique passant, au hasard, par ces basses héritières de la Cold Wave. Sans assommer, jamais, la pulsation insuffle une dynamique corporelle à un disque qui, au-delà ses aspects cérébraux, garde bien une chair et la capacité à émouvoir. "Getalife", en dépit de tournures d’esprit expérimentales, c’est avant tout, et tout simplement, de belles chansons. Une nouvelle version de la musique pop, version froide ("Afissos"). Olga Kouklaki est une machiniste, une nouvelle transfuge de la musique populaire.
La quête des ambiances passe par un groove froid et répétitif ("Be4 the Night ends"), une superposition de claviers minimaux s’ouvrant l’espace (le somptueux "Melted Torch"), un beat économe qui, lorsqu’il surgit, fixe un effet d’hypnose. Ce disque n’est certes pas des plus directs, mais il a ce petit quelque chose qui fascine et qui fait que, tôt ou tard, on aura envie d’y revenir. Encore et toujours, parce qu’il est à la fois entre évidences de forme et posture mystérieuse. Electro expé pour effets lounge ("Calling you"), relaxation et questionnement, introspection. "Getalife" est habité, nous habite à son tour. La science du détail, ajoutée à un soin impressionnant apporté à la production et aux arrangements, font que chaque nouvelle écoute révèlera son lot de surprises. Souvent, elle débouchera sur de nouvelles conquêtes de l’intime. L’intime oui, car c’est dans la rétention et le souffle que s’exprime la voix d’une Olga Kouklaki qui, sans effets dramatiques, impose un ton rentré. C’est lui, couplé à l’économie de couches, qui crée ce halo intime entourant le disque. Des mélodies simples et qui, dans le souffle, caressent la vie tout en s’accouplant à une pulsation robotique ("Right Shot").
En permanence, c’est sur le détail que travaille le duo Kouklaki / Marc Collin (de Nouvelle Vague, coproducteur du disque avec Kouklaki), un jeu d’exigences qui donne à "Getalife" tout son précieux. Ce disque est comme un secret, il devrait toujours s’écouter au casque, rester près de nous pour nous conter le désir et l’amour ("Ballade", et ses basses cold en diable). Sa tendance à mettre en valeur les trames et à exclure toute épaisseur aboutit à un essai d’une grande finesse. Il est le fruit d’un sens de l’économie qui font de cette Electro-Pop le berceau du sacrifice, d’un refus de la démonstration et qui s’exprime tout le long d’une matière sonore duveteuse. Les machines permettent tout mais Collin et Kouklaki ne veulent que le moins, faisant de "Getalife" un vrai substrat. Et c’est bel et bien dans ses concrétisations minimalistes que l’album s’imposera sur le long terme. Car cette musique électronique-là, en définitive, ne peut que bien vieillir. Elle s’adresse à l’âme, plus qu’au corps. Et l’âme ne meurt jamais."