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GONG GONG "Mary’s Spring"

vendredi 2 mai 2008 par programmateur : nicolas

Pour écouter

On pourrait se laisser hypnotiser par une écoute à tour de rôle obsessionnelle ou contemplative.

On pourrait sans détour, comme il se doit lorsqu’on évoque les notes de jeunes formations, citer quelques influences notoires.

Il conviendrait alors de se rapprocher d’Amon Tobin pour ce savant foutoir d’électro cérébrale et cadences concassées. Il serait à peine osé de citer David Shea pour ses expérimentations abstraites et aériennes. On ne pourrait alors éviter Kid Loco, tête chercheuse d’une électro onirique et sensuelle.

Et dans l’époustouflant tour de force que suggère le duo, on ne saurait oublier The Berg Sans Nipple et son post-rock débridé, Spaceheads dans la fièvre de ses cuivres samplés et rythmiques frénétiques, The Books, entre bricolages acoustiques et atmosphères éthérées. Certainement, tomberait-on trop rapidement dans de faciles comparaisons qui, si elles servent le propos, ne diront rien de la singularité de Gong Gong. Du moins pas autant que Mary’s Spring, deuxième essai attendu pour le printemps. On se prendrait alors à évoquer la complémentarité fusionnelle de ce duo peu conventionnel. On se plairait sans doute à souligner que le point de départ est une batterie et une basse et contrebasse. Mais on se ferait rattraper par cette démarche hors du commun, appuyée de machines, séquenceur, samplers. On se plairait donc à révéler quelques secrets de fabrication où le binôme se laisse aller à toutes les fantaisies pour malaxer, mixer, triturer une multitude de sons enregistrés en direct et qui ont esquissé le corps de ces 11 titres.

On se surprendrait même à mettre des mots sur les compositions. Pour illustrer Mary’s Spring, nom de l’album, que porte également ce titre charnière qui assurera la transition entre un volet étoffé, intense, qui précède une vague plus candide et colorée.

On évoquerait la profonde et vaporeuse mélancolie de Coline, ou encore la progression fiévreuse et enivrante de A Pas Feutrés, le fil conducteur de ces nouvelles compositions. On dévoilerait enfin la présence de Fred Nando Farrugia aux multiples voix chantées ou éructées. On trahirait peut-être les rythmiques organiques de Birds In Books, tapotées sur les genoux et les joues des deux musiciens.

On se plairait à compter la magie des concerts, où se construisent des scénettes vidéos, des décors minutieusement bricolés. Ces performances où deux laborantins envahissent discrètement le plateau, pour monter une astucieuse machinerie faite d’écrans papier, de poulies, de ballons et tubes recyclés. On se plairait davantage à faire miroiter les ingénieuses trouvailles du prochain spectacle, l’interaction de la musique et l’univers visuel, agrémenté de percussions, contrebasse électrique, et multitudes de matières résolument organiques.

On aurait pu citer JC et Thomas aux inventions soniques euphoriques, aux trouvailles acoustiques oniriques, aux expérimentations électroniques et lyriques. On aurait inévitablement mentionné Laurent et Pierre, les deux sorciers de la scénographie et de la vidéo.

On aurait pu dire que Gong Gong est bel et bien le nouvel extra-terrestre venu de la planète F Com. On aurait pu se contenter de vous suggérer l’euphorie et l’addiction bénéfique que procure cet album. On aurait pu attendre sagement la tournée et le prochain spectacle en création depuis ce début d’année.

Patience, patience, ...


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