Editorial du 5 au 12 mai

vendredi 5 mai 2017 par Radio-Grésivaudan

Vivement lundi ! Non, vivement mardi parce que lundi c’est 8 mai et dans le contexte politique actuel, la commémoration de 45 ne sera pas de tout repos. Donc, vivement mardi, qu’on en ait fini, qu’on en soit sorti et qu’on cesse enfin de l’entendre et de la voir à tout bout de champ.
Parce que ça suffit !
Enfin, j’espère.
Ouf, me dirais-je dans les nuits qui suivront, en sueur, et dressé droit dans mon lit ! C’était un cauchemar et ma femme me dira, comme dans la publicité du garagiste qui se fait écraser la tête sur le comptoir par un client furibard : "rendors-toi mon chéri, ça s’est passé en 1942, et ça ne s’est plus jamais reproduit depuis".
Retour donc sur 42, dont les évènements influencèrent fortement mes états d’âme et accessoirement les éditos que je vous poste mensuellement.
25 juin. Numéro du convoi : 4. Lieu de départ : Pithiviers. Camp de destination : Auschwitz. Nombre de déportés : 999. Gazés à l’arrivée : 0. Hommes : 999. Survivants en 1945 : 51
Sur la liste jointe Abraham, mon oncle, qui écrit le matin du 25 : "je pars aujourd’hui pour une destination inconnue...le changement d’air me fera du bien, je ne veux pas que vous vous fassiez du mauvais sang. Papa en a vu d’autres en 14 et il est revenu....
27 juin 1950 : le ministères des anciens combattants fait parvenir à la famille l’acte officiel de disparition.
Auparavant, et un an avant la rafle du Vel d’hiv, les rafles de juifs avaient commencé à Paris. Fin août, celle à laquelle mon père échappa, grâce à la désobéissance du commissaire de police local, fut fatale à son frère...
Sorry les jeunes, c’est pas drôle. J’aurais préféré vous en raconter une bonne, mais les façons de vociférer de la blonde, ou de montrer ses dents en souriant, sa horde de chiens loups tapis dans l’ombre et nourri aux thèses identitaires et fascistes m’ont bloqué les zygomatiques en mode atterré, et font ressurgir les souvenirs des angoisses paternelles et leur impact sur mes jeunes années.
Petit (oui j’ai été petit), je me disais : mais comment a t-on pu laisser monter l’affreux bonhomme à mèche ? Agé (oui j’ai vieilli) je comprends mieux l’incompréhensible. Alors forcément les cauchemars.

Je vous entends, les gens, comme dirait JLM. Mais quand même ! On ne va pas faire un chèque en blanc au fabricant de carburant chez qui se fournit l’incendiaire, peste et choléra ! J’entends, j’entends. Moi même, un instant...et puis , je me suis réveillé en sursaut : juin 42. La dictature ferme la porte à tout espoir.
Et puis, vous y croyez, vous au grand Soir, aux puissants reculant, comme par miracle, de frayeur, devant la ferveur populaire ? Il leur en faut plus, et cela dure depuis des siècles emplis de luttes, de grèves, de revendications, de révolutions...

Chacun fera son choix, mais il serait catastrophique que le contenu d’un papier, qu’il soit vierge ou par défaut, déposés dans une urne, ou même l’absence de papier , dissolve notre vigilance et déconstruise l’Humanité. 
Alors, restons groupés ! On a encore du boulot à faire ensemble.

JM.F