Editorial du 31 mars au 7 avril

vendredi 31 mars 2017 par Radio-Grésivaudan

Ce vendredi matin, je m’attelle à ma dernière livraison avant l’échéance électorale que l’on sait.
Comment qualifier celle-ci ? Vote populaire, date fatidique, grande messe démocratique ? Ou miroir aux alouettes, mascarade nationale, etc...
 Je parcours les titres de mes journaux numériques pour me donner du cœur à l’ouvrage et matière à dissertation.
 Je laisse mon regard, rendu las par cette lecture, défiler sur les dernières publications sur Facebook (personne n’est parfait, et il m’arrive de glaner à ce divertissement sans gloire quelques pépites qui méritent le détour).
 Et malgré tout mes efforts pour en tirer quelque consistance, je me retrouve sans voix.
 Sans voix : l’expression pourrait prêter à confusion et elle mérite le détour. Puisque n’ayant pas, sur un coup de tête, candidaté pour la fonction "suprême", le citoyen que je suis ne récoltera aucun suffrage, pas même le sien, je suis forcément sans voix.
Vouloir devenir Président de la République, quelle idée saugrenue ! Quitter mes montagnes, les primevères et les jonquilles de cette fin mars, l’odeur du bois que l’on coupe pour les dernières flambées, de la terre qui commence à prendre le chaud et qui attend la semence, pour atterrir Rue du Faubourg Saint Honoré à Paris, dans des meubles Empire immaculés, avec dorures et moulures, des couloirs à n’en plus finir, des parquets cirés ? Surveiller chaque minute mon langage, exprimer en mots convenus ma pensée, et m’empêcher chaque seconde d’envoyer un coup de pied au cul des fâcheux (fâchaux ?) ? Serrer la main à un fieffé salaud pendant un temps fou avec le sourire crispé pendant que les photographes shootent à qui mieux mieux ? Passer des heures sous les mains moites d’un coiffeur soumis en étouffant dans un costard de luxe d’origine douteuse ? Subir les courbettes permanentes d’une cohorte de courtisans qui une fois le dos tourné vous promettent l’échafaud ? Vérifier que les décisions du jour sont conformes à la volonté des financiers ? 
Franchement, ça vous fait envie vous ? Pour une vie pareille, vous iriez battre l’estrade pour convaincre vos concitoyens que votre vision de l’avenir mérite leur adhésion. Vous discourriez longuement avec force conviction pour que des quidams que vous ne connaissez ni d’Eve ni d’Adam boivent du petit lait et croient en vous. Pour ça, vous accepteriez, vous, de serrez la main de Madame LePen avant de lui balancer à la gueule tout le mal que vous pensez de son incroyable escroquerie humaine, pour pouvoir la gratter au sprint final ? Haranguer, argumenter, faire croire que ?
Faire croire que !!!
Moi pas.
 Et c’est ce qui fait toute la différence entre les candidats et moi. Ce qui rend le fossé entre eux et moi infranchissable, que la voix que je leur donne ne peux être mienne.
Vous me direz, et l’Utopie ? l’Idéal ? Ce que les arrogants, les défenseurs des privilèges, ceux qui se plantent depuis toujours raillent d’un ton professoral, traitant de gentils naïfs, bien mignons avec leurs rêves, ceux qui l’ont vissée au corps, l’Utopie. Mais enfin, on ne joue pas là, soyons sérieux ! L’économie c’est un truc de grands, ou de mecs qui ont la belle gueule de l’emploi, avec le regard imperturbable de ceux qui savent ! 
L’Utopie demande de l’imagination, une forme d’obstination créative qui démonte la résignation et redonne ses lettres de Noblesse aux mots" Liberté, Egalité, Fraternité", loin des idées simplistes (j’éviterai le mot populiste). A l’opposé de cette restriction de la pensée qui s’alimente dans le repli sur soi et le sécuritaire, l’utopie brasse les cultures et les expériences insolites et silencieuses. Elle bâti l’impossible dans une complexité que les discours politiques ne peuvent pas exprimer.
 Au bout du compte, que l’Utopie se retrouve Rue du Faubourg Saint Honoré dans des fauteuils Louis XVI, on n’en a quelque part rien à foutre. Parce qu’on sait bien que la réalité brutale aura vite fait de lui tailler des costards et de lui corseter la pensée.
Ce qu’on demande aux idées du progrès aujourd’hui, à cette Utopie sociale, économique et humaine, c’est de courir plus vite dans la tête des gens que le venin des patriotes, de reprendre sa place dans les moteurs de recherche de solution, de faire pétiller de nouveau la pensée.

JM.F


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