Editorial du 27 decembre au 7 janvier

jeudi 2 janvier 2020

C’est connu, fulminer nuit gravement à la santé, mais tant pis. Car, quittant mon ermitage pour parcourir le vaste monde, deux évènements me firent prendre conscience de la vraie vie d’où la raison de ce texte incisif en pleine période d’angélisme festif.
Je fus récemment, à la faveur d’une grève enseignante, au petit matin, pris en otage par TF1. Vous avez bien lu, ne cherchez pas l’erreur. J’avais pour mission de veiller sur la sérénité de la progéniture de ma progéniture, en ce début de journée de colère populaire le privant d’école.
L’ambiance de la maisonnée était empli de la magie de Noël : la liste au père Noël, le traineau et les rennes, les guirlandes lumineuses, le sapin, gingle bell, alléluia et le tutti quanti. 
C’est alors, qu’horreur et sidération, de celles qui tétanise le doigt sur la télécommande et empêche toute manœuvre de fuite, mon œil fut attiré par l’écran de TV. TF1, propriété de l’empire financier Bouygues ,fidèle à sa politique de formatage mental me plongea dans un univers spatiotemporel dont j’avais totalement oublié l’existence. Entre deux résidus de dessin animé, on y assommait les bambins à coups de spots braillards censés stimuler la frénésie consumériste dénuée de toute construction créative et humaniste. De l’ordre moral avec les gentils flics, du propre sur soi , du lisse, du blond, de la Barbie sur toboggan aux lapinous sans âme et nunuches à souhait, les sirènes hurlantes et gare à vos fesses les semeurs de trouble. Même la pâte à modeler puait le mauvais shampoing , atomisant le téléspectateur un burger dans une main, et dans l’autre une pomme pour rédemption.
Gingle bell, gingle bell alléluia.
Reste à savoir si ce régime ad nauséum fabriquera les robots escomptés, ou tournera notre descendance, de dégout empli, vers la sagesse et la décroissance. Pour ma part, j’aurais bien cassé le rituel de la messe télégénique mais il y a des matins où la paix sociale et familiale nécessite quelque contorsion tord boyau. Et sur FR3 je n’avais aucune envie de retrouver les lapins crétins.
Je fus lâche et dépité.
Venons en au deuxième évènement. Fuyant le risque de vivre une deuxième fois le traumatisme décrit ci-avant, je décidai de me rendre à la manif le jour de rage collective qui suivit, et aussi je l’avoue, curieux de voir ce qu’il restait de l’émoi de mes jeunes années .
Vous pensiez échapper à la réforme des retraites, c’est raté. 
Vu depuis ma fenêtre de pensionné (oui pour un radié des cadres de l’Education Nationale, on dit pensionné), cette rumeur qui nous vient de la rue remet grandement les pendules à l’heure. Non que ce mouvement ait une chance d’aboutir, pour cela faisons confiance à la rouerie de Macron et consort. Mais ce mouvement rassure. Et de s’y mêler me permit là encore de m’éjecter de cette forme de torpeur teintée de fatalisme qui fait de nous des nains isolés face au pouvoir des très riches. 
Et donc, derechef, je m’ébrouai. Non, monsieur Macron, nous ne sommes pas dupes de vos explications raisonnables qui relèvent là aussi du formatage mental. Les gilets jaunes le savent, ceux qui manifestent, font grève aujourd’hui le savent aussi, de même que ceux qui ne peuvent faire grève mais soutiennent les grévistes. Cette réaction collective va au delà des chiffres et des équilibres financiers, de l’équité de façade que vous nous présentez. Cette réforme met le doigt là où notre dignité nous fait mal. Car la retraite, pour les travailleurs, c’est bien plus qu’un âge pivot, c’est LE MOMENT où nous laissons derrière nous tout ce que le travail salarié a pu constituer d’aliénation et d’entrave. C’est le temps de la liberté de choisir sa fatigue, son engagement, son épanouissement, ses horaires, de sieste ou d’agitation, son activité hors d’un rapport au labeur et à la tâche régis le salaire, par les accords d’entreprise, les conventions collectives, les rapports hiérarchiques, la fiche de poste, la productivité de l’entreprise, et surtout hors du profit des actionnaires, avec tout ce que cela engendre de soumission et de crainte du précaire. 
Que vous fassiez, Monsieur Macron, de cet instant SACRE, un pari sur les bénéfices que pourraient tirer vos amis, une mascarade de solidarité entre les différents régimes relève de la provocation et résonne comme un appel à la rébellion. Que vous le fassiez juste avant les fêtes est une indignité. La chienlit c’est qui ? C’est pas nous !
Bonnes fêtes quand même !




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