CLAIR OBSCUR" We gave a party for the gods and the gods all came"

Rock Français

jeudi 16 avril 2009 par prog

Depuis 1981, Clair Obscur sort des sentiers battus, mêlant compositions froides et post punk et théâtralité animale sans cesse renouvelée. Après moult rééditions et autres compilations de luxe (le superbe double LP , Collection Of Isolated Tracks / 1981-1988), les frères Demarthe nous livrent enfin la suite de Nulle Aide… paru en 1999. Cela valait le coup d’attendre car Clair Obscur est aujourd’hui à son meilleur, plus physique et enragé que jamais.

We gave a Party for the Gods and the Gods all came est on ne peut plus varié -de la cold wave à l’indus old school, en passant par le folk acide et la pop acidulée -, comme s’ils avaient voulu mettre sur ce disque tout leur savoir-faire musical, avec les différentes palettes et genres musicaux qu’on leur connaît. Pour exemple, “ I hope you’re fine ”, très Clair Obscur de la fin des années 80 dans sa structure et son atmosphère, avec sa légèreté apparente et sa mélancolie sous-jacente, nous comble de ravissement. Plus évidents, l’obsédant et plus brut "Mon Ami Mon Frère" où le groupe se déclare ironiquement ami et frère avec toute la scène politique socialo-UMPiste de l’hexagone, ou bien les tubes "Es War" (une réaction épidermique à la victoire de Sarkozy en mai 2007) et “ Rain ”, tendu comme du Wire ou du Suicide armé de guitares. Quant à l’hommage à Genesis P.Orridge, "This song is for you GPO", il rappelle effectivement et immanquablement le deuxième album de Psychic TV, Dreams less sweet, avec ses arrangements pleins de douceur et une voix détachée soulignant de manière presque perverse la morbidité du propos. Ajoutons que sur cet album conviant et comblant tous les Dieux, Clair Obscur recrée trois de ses anciens titres, le génial “ Blume ”, le rugueux et industriel “ The Last Encounter ” ou “ Mercredi ” qui est elle-même une reprise du “ No more crying ” de Poison Girls, transfigurée ici pour son meilleur. Enfin, les Demarthe se risquent même à reprendre le plus beau titre de Joy Division, “ Decades ”, de manière presque méconnaissable car quasi sereine. Non vraiment, si vous ne connaissez pas encore Clair Obscur, commencez par celui-ci, vous ne le regretterez pas !


forum

  • CLAIR OBSCUR" We gave a party for the gods and the gods all came"
    4 mai 2009, par JOLY Isabelle

    Ma réaction ... Elle est celle d’une admiratrice fervente de ce groupe qui n’a cessé de m’enchanter. C’est tellement beau, envoûtant, entêtant, mélodieux, avec toutes sortes d’instruments ..., que c’en est vraiment émouvant ... Le tout mêlé avec une voix qui décoiffe d’une ultra sensibilité. Clair Obscur c’est la classe, l’élégance d’une superbe présence qui occupe un espace bien particulier pour nous faire entrer dans leur univers. C’est une telle richesse musicale et vocale qu’effectivement on ne peut pas les classer dans un genre bien spécifique. N’est-ce pas merveilleux ? Impossible de les oublier. ISABELLE JOLY.

    • CLAIR OBSCUR" We gave a party for the gods and the gods all came"
      5 avril 2012, par Jean-Michel Guyot

      c’est tout à fait ça. Ce groupe est génial. Il n’a jamais failli, s’est toujours lancé des défis qu’il a relevés avec un brio incomparable. J’ai écrit divers textes sur eux, à paraître un jour, bientôt en ligne dans mon espace d’auteur. En voici un, en forme d’hommage :

      Blume

      Le déclin de la fleur en son éclat clair-obscur.

      Une fleur chante dans la nuit sa solitude éclairante.

      Blume aura ainsi connu à ce jour pas moins de quatre déclinaisons sur quatre décennies, quatre saisons musicales traversées par l’hiver omniprésent dans cette musique granitique.

      Sur cette roche dure, la fleur s’accroche, renouvelant le balancement de ses rythmes au gré des vents.

      Noces du minéral et du végétal.

      Aucune concession au goût dominant dans cette approche du déclin, mais au contraire la ferme intention de montrer la fleur dans tous ses éclats.

      Qu’il neige ou qu’il vente, la fleur tient bon dans les méandres ardues de cette musique inouïe qui lui donne vie.

      Sous une rafale de mitrailleuse, la voilà qui sourit.

      Des glissandi électriques font basculer l’oreille dans des nuances violacées qui s’insinuent, discrètement d’abord, dans l’espace laissé libre par les crépitements secs d’une caisse claire, puis de plus en plus intensément, virant au bleu-nuit, soutenus maintenant par une basse énorme d’une noirceur d’ébène, qui ponctue une plainte d’outre-tombe à laquelle Christophe Demarthe prête sa voix grave noyée dans la réverbération.

      Les paroles sont à peine audibles dans cette première version, tout à l’opposé de la dernière en date qui monte dans l’air tel un parfum vénéneux.

      Une basse synthétique martèle l’enclume du temps, régulière, empreinte de noblesse, grave et souple à la fois, suivie au bout de quelques secondes à peine par la voix du même Christophe Demarthe autour de laquelle s’enroule aussitôt une flûte ensorceleuse.

      La flûte déroule une psalmodie qui s’enroule autour de la voix qui chante d’abord dans un registre grave de baryton léger, avant de basculer, extatique, dans un registre de haute-contre.

      Ce n’est qu’à la fin du morceau que la voix redevient pour ainsi dire naturelle en se faisant presque parlée, puis criée.

      Tout le morceau est un climax qui culmine sur une note tenue par la flûte présente d’un bout à l’autre à l’exception de l’ouverture.

      Effet saisissant.

      Les deux versions intermédiaires datent de la période centrale du groupe qui le vit passer avec une grande aisance d’une musique nettement industrielle dans son vocabulaire à une musique chambriste d’un raffinement sonore étonnant.

      Freude Meine Freuden O freuen sie sich Und singen Ja singen Die Blumen

      Jean-Michel Guyot 8 mars 2012