Buena Vista Social Club at Carnegie Hall

vendredi 7 novembre 2008 par Radio-Grésivaudan

Seize chansons en un double album (somptueusement proposé, incluant un livret à la riche iconographie) pour prolonger le plaisir, mais pour un soir, un soir seulement. Le 1er juillet 1998, les chanteurs Omara Portuondo et Ibrahim Ferrer, les guitaristes et chanteurs Compay Segundo et Eliades Ochoa, le pianiste Rubén Gonzáles, le contrebassiste Orlando Cachaito López, et beaucoup d’autres, investissent, à l’instigation de Cooder père et fils (Ry en père guitariste, et son fils Joachim à la batterie et aux percussions), la scène du Carnegie Hall de New York. C’est la première fois que les Cubains foulent le sol des Etats-Unis. Ceux qui ne se pardonneront jamais d’avoir raté le concert (de toutes façons, c’était complet), se voit donc offrir un lot de consolation, racé et sophistiqué.
Il y naturellement une grande émotion à entendre (pour la dernière fois ?) ceux qui depuis s’en sont allés (Segundo et Gonzáles en 2003, Ferrer en 2005), un grand plaisir à retrouver la délicatesse extrême de musiciens qui ont transformé l’élégance du désespoir en mélodies, une grande leçon à la face des pragmatiques, qui considéraient à l’époque que l’aventure (des sexagénaires qui déploient un drapeau cubain sur une prestigieuse scène américaine) serait impossible à mener. Sauf que cela s’est fait. Peu importe que les membres de ce Club très harmonique ne soient pas réellement les emblèmes charismatiques d’une musique muselée, mais de simples et honnêtes musiciens, ou que la musique cubaine ne se résume plus aujourd’hui à ce qu’on en produisait dans les années quarante (le son).

Il reste le plaisir, ma foi assez simple, du cadeau fait à de vieux messieurs d’une authentique carrière internationale, du statut d’album de musique du monde le plus vendu de tous les temps (huit millions de copies), de Grammy Award et autres trophées cinématographiques couronnant l’entreprise, et d’une belle anecdote : le producteur américain Ry Cooder a été condamné à l’occasion (et ce malgré l’intervention directe du président Clinton) à 100 000 dollars d’amende pour avoir pactisé avec l’ennemi, en l’occurrence les musiciens du pays de Fidel Castro.