editorial du 17 au 24 avril

Black Box Corporation
Les boîtes noires n’empêchent pas les avions de se crasher
 

Le grillon
Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah ! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
je n’ai point de talent, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh ! oh ! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.

Jean-Pierre Claris de FLORIAN (1755-1794)

Le dernier vers de ce poème est-il à l’origine de cette expression proverbiale française ou reprend-il un dicton en vogue à l’époque ? Je ne saurais vous le dire, mais je crains qu’on l’ait trop oublié, à l’heure où nous déballons incontinents, où nous publions toute honte bue, gloires et avanies, boires et déboires, pistils et pustules sur le World Wide Web. Ici Florian prévient les anges que nous sommes tous, immergés dans une quotidienne télé-réalité, sacrifiant au règne de l’apparence, jouant le script qui nous est dicté, nous brûlant les ailes au feu de l’éphémère notoriété. L’expression, en se banalisant se généralisa pour nous signifier de conserver un jardin secret. La société n’est pas, à priori une menace, elle est au pire un mal nécessaire, mais notre bonheur implique une part de secret, celle qui garantit notre intégrité en tant qu’individus, nous préserve de l’uniformité ; nous permet de conserver notre seule liberté encore entière - à condition de ne pas la déléguer ou l’abdiquer - , la liberté de penser.
Alors, vous dire si la loi sur le renseignement est bonne ou non, franchement je ne sais pas. Ses défenseurs promeuvent, ses détracteurs s’émeuvent et tous révèlent des contradictions. A première vue la loi fournit des gardes-fous, mais certains articles laissent trop de place à l’interprétation et inquiètent ceux qui défendent à juste titre la liberté d’expression, le secret des sources, la liberté d ’opinion, de manifestation, de circulation, le droit à une vie privée non épiée.
Déjà, il y a vingt ans, je constatais mi-sourire, mi consternation, que ma banquière avait suivit carte bleue après carte bleue mes vacances, lorsqu’elle me conseilla devant l’inadéquation entre mon découvert et mes revenus, d ’éviter Amsterdam.
Depuis, ça me gratte la puce. Il y en a partout ! Dans notre téléphone, c’est à dire sur nous puisque nous ne le quittons plus. Mais aussi dans les réverbères, les voitures, les cigognes, les tortues...les arbres ! Les moutons, les veaux, mon médecin, les cafetières et les aspirateurs, les montres, les vélos, les péages, les feux rouges, les ascenseurs...les détecteurs de faune ! Les caisses enregistreuses, bientôt chaque produit, le G.P.S, les vêtements...bientôt mes organes, mes yeux, mon cerveau. Le tout bien sûr de plus en plus interconnecté.
Depuis tous les regards se sont tournés vers cet écran sur lequel vous me lisez. Depuis la NSA écoute tout, tout le temps. Avec la complicité de Google et des F.A.I. Depuis, chaque site me colle des cookies et me propose de devenir un type génial ! Un homme augmenté !
Depuis, nos services de renseignement, qui comptent parmi les meilleurs, ont essuyé quelques échecs. Mais l’accès aux serveurs ne stoppera pas les fatwas ni ne contrera des réseaux qui savent rester dormant des années et se rendre invisibles. Et rien ne saurait remplacer l’infiltration physique qui est justement la force de nos services. D’ailleurs qu’ils se méfient, ils pourraient bien eux mêmes se faire « hacker » . N’est ce pas une règle de base ? Ne rien écrire. Ne rien noter. La force des services secrets, c’est le secret non ?
Bref, en fait ça ne me plaît pas particulièrement qu’un algorithme surveille systématiquement mon activité et je ne crois pas non plus que cela soit très efficace pour lutter contre le crime. Mais je crois que l’enjeu, au-delà de cette loi est la mise en données numériques de la totalité du monde et du vivant. C’est la mort simultanée du hasard et du libre arbitre. L’homme soit-disant augmenté est en fait diminué, amputé des ses facultés, dont l’intuition, pour les confier, les externaliser dans la machine de l’Unimonde, comme le décris si bien Maurice Dantec*.
L’enjeu c’est le fascisme évidemment, celui qui m’enlèverait le droit ou même la possibilité de n’être pas connecté…

* Maurice G. Dantec : Cosmos Incorporated/Grande Jonction, 2005/2006. Albin Michel.

S.R.

T.A.P

Mardi 17 février à 21h.
Depuis 2007, Théâtre À la Page se donne pour objectif de faire découvrir des pièces de théâtre jeunesse ambitieuses, récentes ou plus anciennes, afin de faire partager le regard que ce théâtre porte sur le monde et les questionnements qu’il ouvre.

Parfums Exotiques

Dimanche 19 avril à 16h30
Nous repartons au Bengladesh avec Jean-Louis Massart qui sera présent à notre micro. Son livre, "Bengladesh Rickshaw" aux éditions Les 2 Encres. Vous êtes prêts pour le voyage ?

Carnet de voyage

Samedi 18 avril : le sejour à Bogota commence avec une semaine de scolarisation pour les filles pour leur plus grand plaisir. Une semaine dans le lycée français de Bogota. Le Lycée rassemble les enfants de l’élite Colombienne et des expatriés de plus en plus Nombreux. Visite de la classe et travail de une semaine avec 5 classesqui donnera lieu en autre à un programme radiophonique...

La vie locale

Les Chansons de Papa

samedi 18 avril 2015 à 9h30  :

Paroles d’anciens d’hier ou Paroles d’anciens d’aujourd’hui. Ce samedi, les Chansons de papa vous proposent d’entendre ou de réentendre la reduffusion de la rencontre avec Madame et Monsieur Simone et Marius Marais de Froges.

Les poules aussi ont des oreilles

Vendredi 17 avril 18h : Vendredi 17 avril nous ne recevons pas d’invités musical, mais le festival de hip hop "Who got the flower ?!" de Pontcharra, pour nous parler de cet événement autour de la culture urbaine et hip hop. Des workshop, des spectacles et expositions serons à l’honneur. Nous aurrons bien enttandu de la musique qui seras diffusé lors de l’émission, des musiques d’un Dj qui sera présent lors du féstival. Rendrez-vous vendredi pour plus d’information ou sur wgtf.fr