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Editorial du 9 au 16 mai

Depuis des dizaines d’années, il y a le massacre quotidien du droit à l’alimentation. Aujourd’hui, dans 37 pays (Egypte, Thaïlande, Maroc, Mauritanie, Madagascar, en Haïti…) explose les émeutes de la faim, la plus part de ses pays ont connus ce massacre quotidien, silencieux et normalisé. Quelques chiffres de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’Agriculture) : l’année dernière, toute les 5 secondes un enfant en dessous de 10 ans mourrait de faim. 100 000 personnes meurent chaque jour de faim ou de ses suites immédiates, 1 homme sur 6 sur la planète est en permanence gravement sous alimenté.

C’est dans cette situation qu’explose les prix des matières premières agricoles, aliments de base : le riz + 53% depuis janvier, les céréales +de 47% en six mois. Le décor est planté pour l’effroyable tragédie que « nous » vivons.

Un problème d’accès à la nourriture mais pas un problème de production !

Pourquoi le prix des produits de base s’embrase t-il ? Mauvaise récolte en Australie par exemple, c’est vrai. Les nouvelles classes moyennes en Inde, en chine qui changent leurs habitudes de consommation, mangent plus de viande, il faut donc plus de céréales pour nourrir le bétail. La récolte céréalière mondiale est de 2 milliard de tonnes, 500 millions sont destinés à nourrir le bétail. En conséquence, le prélèvement sur la récolte mondiale augmente. Mais les causes principales de l’explosion du prix des céréales sont les spéculations boursières et les biocarburants !

En effet, la spéculation des matières premières connaît aujourd’hui un succès maximal suite au crac boursier sur les marchés financiers. C’est près de 1000 milliards de dollars de valeurs patrimoniales qui ont été détruites entre octobre et janvier dernier. Les grands spéculateurs, toujours à la recherche du profit maximal, se sont reportés sur la matière première agricole (mil, riz, soja, blé, maïs). Tant que le spéculateur ne rencontre pas de résistance, de norme qui lui dit « jusque là et pas plus loin », il va jusqu’au bout du profit maximal. C’est son métier ! Mais ici les gens meurent !

A côté de ça il y a le « Programme Alimentaire Mondial », le PAM. En mai 2008, 75 millions de personnes qui vivent dans des régions isolées sans possibilités de cultiver (ex : Darfour) dépendent du PAM. Du fait de l’explosion des prix, le PAM a perdu 40% de ses moyens. L’autre cause : les biocarburants qui participent à consommer une quantité considérable de maïs. L’année dernière les Etats Unis ont brulés 138 millions de tonnes de maïs, un palliatif aux énergies fossiles. Des avancés technologiques préparent une méthode alternative qui consiste à ne brûler que le déchet de la plante et non la partie qui se mange. Seulement cela coûte beaucoup plus chers et aujourd’hui ce sont les multinationales (Monsanto, Cargill, etc.…) qui dominent tout le processus. Le but est donc de faire du profit.

Pourquoi les émeutes attirent l’attention médiatique alors que le "massacre" existait bien avant ? Le spectre de 1792 ! La révolution Française s’est radicalisée lorsqu’une rumeur courait qu’aux tuileries, il y avait du pain. Le peuple entre au palais et a partir de là, la révolution Française a changé « le monde ». Que voyons-nous au travers de ces émeutes ? Est-ce la perte de dignité humaine d’un père qui ne peut plus nourrir son enfant ? L’angoisse du lendemain dans les bidonvilles ou bien la peur occidentale de la déstabilisation d’un ordre du monde qui assure nos privilèges ?


Le Sénégal, par exemple, importe 80% de son alimentation surtout du riz et exporte des arachides en France alors qu’il a des terres, des compétences ancestrales. L’agriculture vivrière est totalement déficiente, il doit importer du Cambodge, du Vietnam et de Thaïlande, le riz qu’il consomme à Dakar sans oublier d’ajouter au prix du riz, les frais de transport qui tiennent comptent de l’explosion du prix du pétrole. Alors calamité ? Plutôt décisions politiques !
Un fait meurtrier premier qui n’est autre que la dette extérieure des 120 pays les plus pauvres (2100 milliards de dollars au 31 décembre 2007). Des pays sous un garrot financier ! Tout ce qu’ils peuvent gagner de l’exportation va au service de la dette dans les mains des banques du nord ou du FMI (Fond Monétaire International) sous forme d’intérêt et de tranche d’amortissement à payer. C’est une dépendance totale au FMI. En effet, périodiquement sur le terrain les "hommes de main" visitent ses pays et dictent au gouvernement local un plan d’ajustement structuré afin de recommander aux créanciers un rééchelonnement de la dette. La priorité est l’exportation de coton, canne à sucre, café, arachide, afin que ces pays restent solvables pour payer les intérêts de la dette au détriment quasi-total de l’agriculture familiale, nourricière, l’agriculture de subsistance.
Autre exemple au Niger, pays étranglé par la dette, le FMI arrive, dissout et privatise l’Office National Vétérinaire (20 000 têtes de bétails) mais aussi l’office National des Transports Vivrier (Une instance d’Etat qui distribuait les semences). Conséquence direct, les éleveurs ne peuvent plus payer les prix annoncés par les multinationales. Sans vaccination, ni vitamines les troupeaux, dans un climat difficile, meurent. Pour le transport privé les camions ne vont plus dans les villages qui n’ont pas de route. Les quelques récoltes pourrissent ou les semences n’arrivent pas. Partout où le FMI impose un plan d’ajustement structurel, la famine avance.

La France est un membre important du FMI puisque les droits de votes sont calculés sur la puissance financière de chacun des pays qui le constitue (Ex : USA a 11%, France entre 7 et 8%). Cumulée avec les autres pays Européen, l’Europe aurait l’absolue majorité. Ses dirigeants, responsables (Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI, Pascal Lamy, directeur de l’Organisation Mondiale du Commerce et Robert Zoellick, directeur de la banque mondiale) sont totalement au courant de tout ce qui se passe et savent que l’agriculture de subsistance doit recevoir la priorité absolue ! Mais derrière eux il y a les sociétés transcontinentales privées, les très grandes banques et groupes financiers. La responsabilité de l’opinion publique française est engagée. Dans un pays si profondément démocratique comme la France, la mobilisation de l’opinion publique, dans la rue, par la presse, par le vote peux contraindre le gouvernement d’imposer au FMI le changement radical des Plans d’ajustement et forcé le FMI et la banque mondiale à donner priorité absolue aux investissements d’irrigation, de semences, d’engrais, de transport pour une agriculture de subsistance dans le but de créer la souveraineté alimentaire.
Sans un changement radical dans nos pays respectifs, sans une prise de conscience du "massacre quotidien de la faim", nos représentants politiques ne pourront rien face aux puissances financières. C’est à nous de nous insurger et de pratiquer par des actes politiques résonnés et démocratiques, la solidarité internationale.

Ensavoir plus :
"L’Empire de la Honte" par Jean Ziegler (livre poche)
"We feed the world" DVD de Erwin Wagenhofer

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